Les jeunes ont besoin de soutien et d’espace pour tracer leur chemin
Comment pouvons-nous aider les jeunes à trouver leur place, tout en les soutenant lorsque les choses se compliquent? Dans cet article de blog, Audrey Hauri, cheffe du département des affaires sociales du canton de Glaris, souligne l’importance de relations fiables et de la participation, ainsi que la responsabilité de la famille, de l’école, de la politique et de la société en ce qui concerne le bien-être psychique des jeunes.
Quand je pense au bien-être psychique des jeunes, je pense aussi à mes deux fils. Ils ont 19 et 20 ans et sont donc de jeunes adultes. Je leur souhaite de pouvoir tracer leur chemin, vivre des relations, rester curieux et oser de nouvelles expériences. De savoir que nous sommes là pour eux si les choses se compliquent. En tant que mère, j’aimerais leur apporter mon soutien sans pour autant leur imposer la voie à suivre. Je veux leur faire confiance tout en restant disponible s’ils ont besoin d’aide.
En tant que responsable du département des affaires sociales, je me pose fondamentalement la même question pour tous les enfants et les adolescents du pays de Glaris: de quoi ont-ils besoin pour grandir dans de bonnes conditions et devenir le plus autonomes possibles? Il n’existe pas de réponse toute faite, mais une chose est essentielle à mes yeux: les jeunes ont besoin de relations fiables.
Les jeunes ont besoin de relations fiables.
Être un modèle sans être parfait
Un rôle très particulier revient aux parents et aux responsables légaux, qui consiste à la fois à écouter, à manifester de l’intérêt, à fournir des repères et à fixer des limites, tout en laissant assez de place pour les expériences personnelles. Les jeunes doivent sentir que leur valeur ne dépend pas de leurs notes, de leurs prestations ou du fait que tout se passe bien. Qu’ils sont pris au sérieux. Qu’ils peuvent se tourner vers quelqu’un lorsqu’ils ne savent pas comment continuer. Les amitiés et autres relations marquantes sont aussi importantes. Toute personne qui joue un rôle dans la vie d’un enfant ou d’un adolescent, que ce soit un enseignant, une formatrice, un entraîneur, une voisine, un proche ou une autre personne de référence, peut faire une différence immense.
En effet, nous, les adultes, sommes aussi des modèles. Comment gérons-nous le stress? Sommes-nous capables de parler de nos sentiments? Savons-nous reconnaître une erreur, présenter nos excuses ou admettre que nous aussi, nous avons parfois besoin d’aide? Les jeunes observent très attentivement la façon dont nous, les adultes, traversons la vie. J’en suis persuadée: être un bon modèle ne signifie pas être toujours fort et avoir une réponse à tout. Parfois, c’est peut-être le contraire qui envoie un message fort: dire qu’on ne sait pas quelque chose, qu’on a atteint ses limites ou qu’on a besoin de soutien.
Une tâche commune
Cela dit, la responsabilité du bien-être psychique des jeunes ne doit pas incomber uniquement aux familles. Les conditions dans lesquelles les enfants et les adolescents grandissent sont tout aussi importantes. La pauvreté, l’exclusion, une situation familiale difficile, la pression liée à la performance ou le manque de perspectives peuvent peser lourd. Voilà pourquoi la sécurité sociale, l’accès à l’éducation, le sentiment d’appartenance et les possibilités de participation font à mon sens partie intégrante du débat sur la santé mentale.
Selon moi, c’est là précisément que réside l’un des grands défis des années à venir. Je partage l’avis de Stephan Kupferschmid et de Gaby Szöllösy, ancienne secrétaire générale de la CDAS: la formation, la santé et les questions sociales doivent être réfléchies de manière plus concertée.
Die Lebenswirklichkeit eines jungen Menschen kennt keine Departementsgrenzen.
Quand les frontières interdépartementales se heurtent à la réalité quotidienne
Dans le canton de Glaris, une telle collaboration représente un défi sur le plan organisationnel, puisque la santé, la formation et les affaires sociales relèvent de trois départements différents. Nous devons donc, au quotidien, réunir consciemment ce qui est séparé sur l’organigramme, car la réalité d’un jeune ne connaît pas de frontières entre départements.
Si cela semble évident à première vue, dans la pratique, cela nécessite un travail important de mise en réseau et, surtout, la volonté de s’y atteler. Les professionnels de la santé, les psychologues, les travailleurs sociaux, les membres du corps enseignant et les fonctionnaires ont des pratiques professionnelles différentes, avec leurs propres langages, modes de pensée et approches. Ce qui est une richesse en soi peut tout de même devenir un écueil si nous partons du principe que notre propre perspective reflète l’intégralité de la réalité.
Pour moi, travailler ensemble signifie donc aussi rester ouvert au point de vue des autres. Les perspectives médicales, psychologiques, pédagogiques et sociales doivent se compléter. Pour cela, il est nécessaire de construire des relations, de définir clairement les responsabilités, de respecter ce qui a été convenu et de prévoir du temps les uns pour les autres. Sur ce point, je perçois une grande chance dans notre petit pays de Glaris: on se connaît et les distances sont courtes. À nous de tirer parti de cette proximité.
Le nouveau programme législatif 2027-2030 doit lui aussi porter une attention particulière à la santé mentale des enfants et des adolescents. Plusieurs mesures prévues dans les domaines de la santé, de la formation et des affaires sociales devraient y contribuer. J’estime essentiel que cela n’entraîne pas une multitude de projets isolés, mais que nous mettions ces projets en relation.
Notre travail social en milieu scolaire montre bien dans quelle mesure la prévention peut être proche du quotidien des jeunes. Ancré dans tout le canton, ce travail accompagne les enfants et les adolescents de l’école enfantine au degré secondaire I. Les collaborateurs apportent également leurs conseils aux parents, aux responsables légaux et à toutes les personnes de références au sein du milieu scolaire. À mes yeux, l’une de ses grandes forces réside dans le fait que ce travail se fait à l’endroit même où la vie des enfants se déroule: à l’école. Ainsi, un entretien peut avoir lieu avant qu’un souci ne se transforme en crise.
La prévention peut être créative
Le travail social en milieu scolaire peut faire preuve de créativité. Notre nouveau projet RE:FRAME en est un bel exemple. L’idée de cette exposition mobile « pour l’école et la vie » est d’aborder des thèmes pertinents de la société directement dans l’environnement quotidien des enfants et des adolescents, mais de le faire non pas par un enseignement classique et des réponses toutes faites, mais à travers d’images, de stations d’écoute, d’objets du quotidien, de questions et de discussions. Le concept s’appuie sur les principes du reformatage plutôt que de la leçon, du partage entre pairs plutôt que la distance de l’expert et de l’expérimentation plutôt que de l’explication. 20260203 Concept RE:FRAME (en allemand)
En ce qui concerne les réseaux sociaux, par exemple, l’exposition permet de se poser des questions telles que: qu’est-ce que les réseaux sociaux montrent, et qu’est-ce qu’ils ne montrent pas? Quel impact les « likes » et les photos ont-ils sur l’image que j’ai de moi-même? Où s’arrête l’inspiration et où commence la pression? Ces questions m’intéressent tout spécialement. Non pas parce que nous devrions expliquer aux jeunes comment ils doivent mener leur vie, mais plutôt parce que nous devrions créer des espaces dans lesquels ils peuvent réfléchir à leur propre vie et discuter avec d’autres. (Mon collègue du canton de Vaud, Christian Nanchen, a d’ailleurs écrit un article à ce sujet.)
Voilà pourquoi j’apprécie particulièrement l’approche « par les pairs » du projet RE:FRAME. Dans ce cadre, des jeunes sont préparés pour accompagner d’autres jeunes tout au long de l’exposition. Ils animent des discussions, posent des questions et partagent leurs propres expériences. Les enfants et les adolescents doivent en outre pouvoir participer eux-mêmes à l’élaboration des contenus. Ainsi, ils ne sont pas de simples destinataires pour les messages de prévention mais en deviennent les acteurs. En tant qu’offre conjointe des écoles, des affaires sociales et du domaine de la santé le projet entend expressément faire le lien entre ces différents domaines. 03/02/2026 Concept RE:FRAME (en allemand)
La participation, un élément clé
Cette approche correspond tout à fait à ma vision des choses. À mon sens, la participation est un facteur de protection. Faire l’expérience que sa propre voix compte, qu’on peut exercer un impact et faire bouger les choses permet de découvrir l’auto-efficacité.
Dans la tradition glaronaise, la participation occupe bien sûr une place spéciale, et au niveau politique, très visible avec notre Landsgemeinde et le droit de vote dès 16 ans. J’estime cependant que la participation commence bien plus tôt et ne dépend pas du passeport suisse. Elle commence à la maison et à l’école, dans un club ou centre de consultation. Prenons-nous vraiment au sérieux les enfants et les adolescents? Leur demandons-nous ce dont ils ont besoin? Et, peut-être encore plus important, leur réponse change-t-elle réellement quelque chose?
Outre des offres de soutien à bas seuil, il est bien sûr indispensable de disposer d’une bonne prise en charge psychiatrique et psychologique. Pour les jeunes et les familles, le service psychiatrique de Glaris propose une offre de consultation gratuite et confidentielle pour faire face aux difficultés d’ordre personnel, familial, scolaire ou professionnel. Il gère également un service ambulatoire de psychiatrie infantile et juvénile et coordonne le programme d’action cantonal de promotion de la santé destiné aux enfants et aux adolescents.
Accent sur des transitions réussies
Je suis convaincue que nous devons accorder une attention particulière aux transitions. Le passage de l’école à la formation, de la formation à la vie professionnelle, puis enfin à une vie d’adulte de plus en plus autonome sont des moments charnières où les repères peuvent disparaître et de nouvelles attentes émerger. Le soutien ne doit donc pas s’arrêter d’un jour à l’autre, simplement parce qu’une personne sort d’école ou atteint l’âge de 18 ans.
Si j’en reviens à mes deux fils, je leur souhaite de rencontrer des personnes qui croient en leur potentiel, qui leur laissent toute liberté mais qui sont présentes lorsque tout ne se déroule pas comme prévu.
C’est ce que je souhaite à tous les jeunes: qu’ils se sentent intégrés, qu’ils aient de bons modèles et des relations solides, qu’ils puissent faire entendre leur voix et qu’ils sachent où trouver du soutien. Et que nous, les adultes, soyons prêts à franchir nos frontières professionnelles et organisationnelles pour leur offrir tout cela.
En effet, le bien-être psychique ne naît pas dans un endroit spécifique. Le bien-être psychique se trouve là où une personne se sent prise en compte, là où elle peut participer à la vie de la communauté et là où quelqu’un d’autre répond présent quand les choses se compliquent.

Psychisches Wohlbefinden entsteht nicht an einem einzigen Ort. Es entsteht dort, wo Menschen sich gesehen fühlen, wo sie mitgestalten können und wo jemand da ist, wenn es schwierig wird.
Offres de soutien dans le canton de Glaris:
Travail social en milieu scolaire: consultations volontaires et gratuites destinées aux enfants et adolescents de l’école obligatoire ainsi qu’à leurs parents et à toute personne de référence de l’école. Le contact se fait en fonction des attributions des établissements.
Kanton Glarus
Consultations pour les jeunes et les familles (service psychiatrique de Glaris): gratuites et confidentielles, contact possible aussi par WhatsApp: 078 246 40 35.
Prise en charge psychiatrique (service psychiatrique de Glaris): offres ambulatoires pour les enfants, les adolescents et les adultes. Centrale: 055 646 41 00.
Psychiatrische Dienste Glarus